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(photo: Orimulsion
Fuels)
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Orimulsion
Tank Farm
(Venezuela)
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Une amélioration peut toutefois s'avérer plus apparente que réelle.
La combustion d'orimulsion provoque certaines préoccupations
environnementales, peut-être précisément parce que les risques
qu'elle comporte sont moins apparents, donc plus insidieux, que ceux que
l'on associe avec l'utilisation du charbon. On peut regrouper ces
inquiétudes en quatre catégories.
Comme nous l’avons vu, l’orimulsion est un mélange d'eau et de
bitume qui arrive à Dalhousie du Venezuela par pétrolier deux fois par
mois. Il est alors déchargé par un système de pompage installé sur
le quai public juste en amont de la papeterie Bowater. Énergie
Nouveau-Brunswick surveille le processus de déchargement et dit avoir
en place un système de surveillance pour minimiser tout déversement
accidentel. En outre, le personnel est amené à répéter
régulièrement ses procédures d'urgence.
Un des risques du transport de l’orimulsion est qu’advenant un
déversement, il ne se comporte pas comme le pétrole. Au lieu de
demeurer en surface, il coule immédiatement jusqu'à deux ou trois
mètres de profondeur avant de se disperser. En raison des conditions
hydrographiques locales, un déversement au quai de Dalhousie se
disperserait assez rapidement sur d'importantes étendues de l'estuaire
de la Restigouche et atteindrait bientôt la Baie des Chaleurs. En
Angleterre, des analyses indépendantes sur les procédures utilisées
pour atténuer les impacts causés par les déversements d'orimulsion
ont fait ressortir de sérieux problèmes. Dans l’un des rapports, on
a même dénoncé ces procédures comme complètement inutiles.
L'estuaire de la Restigouche est large et peu profond et constitue, pour
plusieurs espèces de poissons et d’oiseaux migrateurs, un important
passage. Pour d’autres, c’est un espace de frayère et de
nidification ou encore un habitat pour d'importantes populations de
crustacés et de mollusques commerciaux. Malgré tous les efforts et les
bonnes intentions d'Énergie Nouveau-Brunswick, les risques écologiques
du transport et de la manutention d'un produit tel que l'orimulsion sont
bien réels pour l'estuaire.
Les autres inquiétudes vis-à-vis de l'orimulsion concernent sa
combustion.
Parmi les produits que contient l’orimultion se trouvent les oxydes de
souffre: SO2 et SO3. La capture du SO2 avait été prévue par Énergie
Nouveau-Brunswick et l'équipement installé à cette fin a été assez
efficace. Toutefois, peu avait été fait pour la pollution au trioxyde
de souffre (SO3) et, selon les conditions atmosphériques, la population
de la région a dû fréquemment subir les effets d'une mince fumée
brunâtre et persistante. Ce n'est qu'au printemps 2000, à la suite de
nombreuses plaintes, que du nouvel équipement a été installé pour
capturer le SO3. Depuis, on a noté une nette amélioration dans la
qualité de l’air. Des instruments de contrôle des conditions
environnementales installés à distance autour de la centrale indiquent
une situation acceptable.
Une autre inquiétude que soulève la combustion de l'orimulsion est
l'émission de métaux lourds en forme de particules très minces qui
peuvent agir comme des gaz et échapper aux équipements à captage de
particules de la centrale. Elles seraient émises par la cheminée pour
se répandre dans la région au gré des vents. Apparemment, aucun
contrôle n'est effectué par Énergie Nouveau-Brunswick pour mesurer
l'importance de la pollution par ces particules et aucun
échantillonnage systématique du sol environnant n'aurait été
effectué. On nous affirme que les équipements à captage de particules
de la centrale sont modernes et efficaces, mais il serait plus rassurant
de voir des résultats d'analyses du sol et de l'eau. Il est
intéressant de noter qu'un fermier anglais a entamé une poursuite
judiciaire pour la contamination de ses cultures par les métaux lourds
émanant d'une centrale à combustion d'orimulsion. La commission
d'énergie visée par la poursuite a décidé de régler l'affaire à
l'amiable plutôt que d'avoir les faits étalés en public.
La dernière inquiétude en ce qui a trait à l'orimulsion concerne la
présence de phénols dans le produit. Libérées dans l'environnement
par une combustion inefficace ou par un déversement accidentel, ces
substances peuvent avoir des effets dévastateurs sur les écosystèmes
et se propager dans la chaîne alimentaire. Elles peuvent être la cause
de la stérilité et de déformations congénitales dans les organismes
touchés. En outre, les émulsifiants utilisés dans la production
d'orimulsion sont connus pour leurs effets sur la génétique et la
reproduction.
En somme, la combustion de l'orimulsion peut être sûre et efficace,
mais comporte aussi bien des risques technologiques. Comme l'énergie
nucléaire, cette technologie peut fonctionner parfaitement pendant 99 %
du temps, mais une défaillance de 1 % peut mener à la catastrophe. Il
est à se demander quels produits de cette technologie nous respirons,
mangeons, ou buvons.