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nos jours, plusieurs de nos écosystèmes aquatiques sont sujets à
une pression toujours grandissante des activités humaines et sont
susceptibles d'être contaminés par une multitude de substances
toxiques. Cette contamination de nos milieux aquatiques peut avoir de
sérieuses répercussions sur la santé de nos écosystèmes et des
êtres qui y habitent. De plus, même une exposition à de faibles
concentrations de polluants peut entraîner des effets néfastes sur
la santé des êtres aquatiques. Ces effets néfastes peuvent parfois
être très subtils et se développer à long terme. Les conséquences
en sont d'autant plus importantes.

(photo: Celine Surette)
Au cours des dernières années, la présence de produits
pharmaceutiques et produits d'hygiène (PPPH) dans nos environnements
aquatiques a été mise à l'avant-plan comme une problématique
environnementale émergente. Bien que ces produits sont utilisés
depuis longtemps par les humains, ce n'est qu'avec les récents
développements technologiques que nous commençons à les détecter
dans nos environnements aquatiques.
C'est quoi les produits pharmaceutiques
et produits d'hygiène?
Les produits pharmaceutiques comprennent tous les médicaments
humains et vétérinaires, qu'ils soient sous ordonnance ou en vente
libre. Les produits d'hygiène sont les nombreux produits d'usage
commun tels les savons, le dentifrice, les produits cosmétiques, les
écrans solaires, les fragrances, les antiseptiques, les détergents,
les produits nettoyants ainsi que plusieurs autres substances qui
servent à l'hygiène personnelle et aux tâches ménagères.
Au Canada, il y a environ 24 000 médicaments et désinfectants
homologués et au-dessus de 1500 médicaments vétérinaires
homologués en circulation. Leur production annuelle se chiffre dans
les milliers de tonnes. Les produits pharmaceutiques sont conçus pour
être biologiquement actif à de faibles doses.
Comment ces PPPH se rendent-ils dans
nos écosystèmes?
Le périple des PPPH dans leur voyage vers nos écosystèmes
aquatiques débute par leur consommation humaine et animale. Ils sont
ensuite éliminés de l'organisme par l'entremise de l'urine ou des
matières fécales et se retrouvent dans les eaux usées ou dans le
fumier. Les produits d'hygiène, tel que les parfums, savons ou les
crèmes, peuvent aussi être lavés du corps lors d'une douche ou d'un
bain et se retrouvent aussi dans les eaux usées. Par la suite, les
eaux usées seront possiblement traitées dans des stations
d'épuration municipale et finalement rejetées (qu'elles soient
traitées ou non) dans nos lacs, rivières, estuaires et océans.

(photo: Celine Surette)
Quelles sont les inquiétudes
soulevées par la présence des PPPH dans notre environnement?
Dans plusieurs municipalités des provinces atlantiques,
incluant une bonne partie de la population d'Halifax et de
Saint-Jean-Terre-Neuve, les eaux usées ne sont pas traitées et sont
rejetées directement dans les écosystèmes aquatiques. En effet, les
provinces atlantiques sont bonnes dernières avec seulement 50% de la
population qui est desservie par des stations d'épuration des eaux
usées. Ailleurs au Canada, moins de 5% de la population se retrouvent
sans traitement de leurs eaux usées. Mais même quand ces systèmes
de traitement existent, ils n'ont pas été conçus pour éliminer les
PPPH. Leur efficacité à les éliminer est donc questionnable. Il a
été démontré que certains PPPH sont présents en concentrations
variables dans les écosystèmes aquatiques de plusieurs régions du
monde, dont le Canada et les provinces atlantiques.
Une situation particulière aux PPPH est leur entrée continuelle
dans l'environnement provenant de notre utilisation constante des
systèmes d'égout et de notre consommation régulière des PPPH. Le
réapprovisionnement continuel contribue donc à une exposition
permanente des organismes aquatiques, et ce, sur plusieurs
générations. Cette situation est différente de ce que nous
connaissons d'autres types de pollution plus conventionnelle, telle
l'application de pesticides dans les champs, qui entrent dans
l'environnement de façon ponctuelle. Les risques imposés aux
espèces aquatiques et aux humains (via l'eau potable) par une
exposition continuelle à de petites quantités de PPPH sont encore
très mal connus. Jusqu'à date, certaines des inquiétudes majeures
qui sont soulevées par la communauté scientifique sont la promotion
d'une résistance aux antibiotiques par les bactéries, la
féminisation des poissons par des composés oestrogéniques (ex :
pilule contraceptive) et l'affaiblissement du mécanisme de défense
des poissons par les produits d'hygiène.

(photo: Celine Surette)
Et nous ne sommes qu'au début des études sur cette nouvelle
classe de polluants. En Amérique du Nord, les premières études
publiées datent de la fin des années 1990. Et dans les provinces
atlantiques, nous savons encore très peu de choses sur cette
problématique environnementale potentiellement très importante.
Nous menons présentement des recherches dans quelques estuaires
des provinces atlantiques. Nous avons détecté des PPPH en
concentrations faibles dans les régions les plus populeuses. Nous
tentons d'évaluer dans quelles mesures les systèmes de traitement
des eaux usées éliminent les PPPH. Nos résultats préliminaires
nous indiquent que les systèmes de traitement éliminent une partie
des PPPH, mais que des améliorations sont nécessaires. Une chose est
certaine - mieux vaut avoir un système de traitement des eaux usées
que de pas en avoir. Nous voulons également étudier les mécanismes
de bioaccumulation des PPPH dans la chaîne trophique, c'est-à-dire
de voir si les PPPH peuvent être mesurés dans les êtres vivants
dans les écosystèmes aquatiques, telle les moules ou les poissons.
Il y a encore énormément de choses à découvrir et de travail à
faire. Nous en savons encore trop peu sur ces contaminants et sur
leurs effets à long terme dans nos écosystèmes.

(photo: Celine Surette)
Ce projet de recherche est un partenariat entre
l'Université de Moncton et Environnement Canada. L'auteure veut
souligner la contribution de ses collègues de recherche sur le projet
des produits pharmaceutiques dans l'environnement, Guy Brun et René
Losier d'Environnement Canada à Moncton, ainsi que Fernand Comeau,
étudiant de maîtrise en études de environnement.