ourquoi
y a t-il si peu d'actions pour enrayer la pollution ou pour améliorer
l'état de l'environnement? Les personnes impliquées dans la protection
de l'environnement ou tout simplement préoccupées par la situation
environnementale actuelle se posent souvent cette question. En tant
qu'éducateur à l'environnement, c'est aussi une question que je me
suis posé.
Dans le cadre d'études en environnement, j'ai eu l'occasion, il y a
deux ans, de réaliser des entrevues dans deux communautés de l'est du
Nouveau-Brunswick sur le sujet. Ces entrevues visaient à identifier les
valeurs et les conceptions des personnes par rapport à l'environnement.
Les résultats de la recherche permettent de jeter un peu de lumière
sur la question posée ci-dessus. Dans ce texte, les principaux
résultats soulignés touchent à la santé de l'environnement et les
actions pour l'améliorer.
Un des éléments qui ressort clairement des entrevues est que les
personnes ont la conception qu'ils vivent dans un milieu en santé au
niveau de l'environnement. Même si plusieurs parlent de certains
problèmes de détérioration du milieu et qu'ils ont peur de voir ce
milieu se détériorer dans le futur, pour le moment ils y voient un
milieu sain. Ceci semble indiquer qu'il n'y a pas, chez la majorité,
une perception qu'il y a une crise environnementale et qu'il n'y a pas
non plus urgence d'agir. Cependant, les résultats montrent tout de
même que les personnes accordent beaucoup d'importance à la qualité
de leur environnement et le milieu rural en général. Ils ne veulent
pas voir ce milieu changer ou se détériorer.
Il n'est pas surprenant dans ce contexte de constater que les
personnes font peu d'actions pour aider la santé de leur environnement
autre que des actions comme le recyclage, le jardinage et pour
quelques-uns le compostage. Le recyclage, rappelons-le, est obligatoire
maintenant et le jardinage quant à lui n'est pas nécessairement
entrepris avec la santé de l'environnement en tête. Ce qui me fait
affirmer qu'il y a peu d'actions environnementales entreprises par la
majorité des personnes de la région.
|

(Photo: Hawaii Government)
|
Un autre point important qui peut aider à expliquer l'inaction est
la résignation des personnes face à certaines situations comme la
coupe abusive de bois par exemple. Plusieurs affirment qu'il appartient
à d'autres (politiciens, fonctionnaires ou autres) de régler ces
problèmes. Clairement, les gens sentent que cela ne réside pas dans
leurs mains, que ce n'est pas de leur contrôle. Plus important encore,
personne ne parle de changement personnel au niveau de son style de vie
comme moyen d'action. Il semble donc que même si on parle de
détérioration de l'environnement, on ne fait pas le lien avec notre
style de vie, notre surconsommation ou autre.
Enfin quand les personnes elles-mêmes ont été interrogées sur ce
qui les empêche d'en faire plus pour la santé de l'environnement, ils
parlent de leur style de vie : manque de temps et manque d'informations
surtout.
Effectivement, il semble y avoir certains manques au niveau de la
connaissance de ce que sont les enjeux environnementaux majeurs de la
région. Par exemple, plusieurs personnes considèrent la pollution
comme étant les déchets jetés par terre. Il n'y a presque pas
d'allusions à des enjeux aussi importants que la disparition de stocks
de poissons, la déforestation et la diminution de la qualité de la
forêt, de la contamination et l'eutrophisation des estuaires et encore
moins d'enjeux globaux comme les changements climatiques ou autres.
Encore une fois, il n'y a pas une perception qu'il y a crise en la
demeure. Une exception peut-être est le bon nombre de participants qui
ont parlé de problèmes associés à la méga porcherie.
Même si les personnes ont parlé beaucoup de forêt dans les
entrevues, personne ne parle de son importance au niveau de la
biodiversité, de la régulation des eaux de surface ou autres fonctions
écologiques. Quelques participants seulement parlent de la forêt ou de
la nature comme essentielle à la survie ce qui semble être très peu.
|

(Photo: Jean-Paul LeBlanc)
|
À l'opposé, on retrouve dans plusieurs réponses des conceptions de la
forêt très centrées sur l'utilisation par les humains. Plusieurs par
exemple parlent de sylviculture et de plantation comme essentielle pour
une belle forêt! On peut se demander s'il y a là influence de la
publicité faite par les compagnies forestières.
Une note plus positive est le fait qu'on retrouve chez les personnes
des valeurs et conceptions qui touchent la notion de développement
durable. Plusieurs par exemple parlent de développement plus
respectueux de l'environnement, de l'importance de ne pas surexploiter
les ressources, de l'importance de ce que l'on laisse pour la
génération suivante et de l'importance d'un milieu sain. Plusieurs ont
affirmé qu'ils n'accepteraient pas n'importe quel type de
développement dans leur région, surtout pas si celui-ci n'est pas
bénéfique aux citoyens et à la santé du milieu.
Enfin, il faut souligner que la question de l'engagement ou non pour
aider l'environnement est très complexe. L'étude que j'ai résumée
plus haut ne prétend pas donner une réponse claire et nette à la
question, mais elle permet de tirer certaines conclusions qui pourraient
aider les intervenants et les éducateurs qui veulent engager des
communautés dans des actions pour la santé de leur environnement.