Romain
Landry
Conseil de Conservation du NB
Septembre 2005
Belledune a désormais le titre peu enviable de poubelle du
Nouveau-Brunswick. Elle se classe comme la 7ième région la plus polluée
au Canada en raison d'une :
- fonderie de plomb (Noranda) en exploitation depuis le milieu des
années 1960;
- centrale électrique alimentée au charbon;
- usine de recyclage de batteries;
- usine d'engrais;
- fabrique de plâtre;
- scierie.

Les risques pour la santé, particulièrement la construction d'une usine
pour traiter des sols contaminés en provenance des États-unis par la très
controversée compagnie Bennett Environmental Inc., a été la goutte d'eau
qui a fait déverser le vase. Un débat acrimonieux entre quelques
défenseurs du projet et des citoyens alarmés par la pollution a fait rage
dans cette petite communauté.
Les nombreuses interventions de Mme Milewski du Conseil de conservation
du N.-B. et de l'infirmière à la retraite, Junia Culligan de Belledune,
ont forcé le gouvernement Lord à entreprendre une étude sur la
santé.
Une première étude menée par Goss Gilroy (GG) évite d'établir un
lien direct entre la santé et la pollution industrielle. Elle
reconnaît néanmoins un taux de cancer et d'autres maladies reliées au
système respiratoire plus élevé qu'ailleurs au Nouveau-Brunswick.
Dillon Consulting Limited (DCL) a été embauché par le ministère de la
Santé et du Bien-être pour réviser la première étude. En raison d'un
budget modeste, DCL évite aussi d'établir un lien direct entre les
problèmes de santé des gens et la pollution industrielle. Malgré
l'information historiquement disponible sur les divers polluants, DCL s'est
limité à des tests sur le plomb. Pourquoi ? Il note cependant ceci :
- La mortalité masculine dans la grande région de Belledune a un
taux de 40 % plus élevé que dans les régions avoisinantes de
Belledune;
- La mortalité masculine attribuable au cancer dans la grande région
de Belledune est plus élevée de 33 % que dans les régions
avoisinantes de Belledune.
- À défaut d'information, GG ne peut établir de liens entre la
pollution industrielle et la santé des enfants, particulièrement les
aspects cognitifs et le développement en terme de croissance. Cela ne
signifie pas que de tels liens sont inexistants !

(Photo: DHD multimedia)
Jean Saint-Cyr, dans un éditorial de L'Acadie Nouvelle du 30 mai 2005
explique pourquoi GG est si peu loquace. La firme - notre résumé - craint
deux poursuites : celle au civil de Noranda responsable d'avoir polluer
l'environnement et d'empoisonner les gens et celle du gouvernement
provincial responsable d'avoir laissé la région accumuler autant de
contamination sans prendre quelque mesure que ce soit pour protéger la
santé des citoyens. Le 7 juin dernier, Greg Mulock du Northern Light,
affirme qu'il est temps d'agir à Belledune. Selon Mme Milewski, il incombe
à la Noranda de commencer immédiatement la décontamination de cette
région. Des études s'empilant sur les tablettes n'ont guère d'utilité
pratique.
Le ministre de la Santé Elvy Robichaud, spécialiste des demi vérités,
affirme qu'il ne faut pas s'alarmer à moins qu'une étude apporte une
preuve irréfutable à 100 % d'un lien entre la santé et la pollution
industrielle. M. Robichaud devrait savoir qu'une preuve à 100 %, ça
n'existe pas en science. Il y a toujours possibilité d'erreurs. Pendant 50
ans, les industries de tabac, aidé par le silence des gouvernements, ont
tenté de démontrer qu'il n'y avait aucun lien entre le cancer et le
tabagisme, et pourtant…
L'étude GG recommande de faire une 2e étude. Face au manque de
crédibilité du gouvernement Lord, l'on peut se demander si cette 2e étude
n'a pas pour but de cacher la vérité. Le ministre de la Santé, Elvy
Robichaud, lors d'une entrevue se questionne sérieusement à savoir si la
cigarette et le mode de vie des gens ne sont pas aussi attribuables au taux
élevé des problèmes de santé des gens de la région de Belledune. Que
penser alors Monsieur Robichaud des cigarettes géantes qui émettent de la
fumée cancérigène dans les poumons des gens de cette région par les
cheminées de la Noranda et de la centrale thermique au charbon de Belledune
?
La deuxième étude est sous la responsabilité de Jacques Whitford
Environmental Limited (JWEL). Notons que cette compagnie en opération
depuis 33 ans, spécialisée en architecture/génie, avait en 2005 un revenu
de 120 458 699 $. Elle avait à son actif 1 230 employés, dont 33
parmi ces derniers étaient basés au Canada atlantique. Lors d'une
rencontre à Petit-Rocher, M. Denis Marquis affirme que JWEL est
entièrement indépendant. Il oublie de nous dire, selon Florian Lévesque,
que JWEL a mené plusieurs études pour Bennett. De plus, suite à une
étude antérieure, JWEL n'a même pas été en mesure de préciser de quel
côté souffle les vents dans cette région. Peut-on encore faire confiance
à ces soit disants experts ?
Cette réalité n'est pas sans alarmer la population de Belledune. Dans
ce dossier, les libéraux et les conservateurs se comportent comme des
jumeaux identiques en ce qui a trait à la pollution industrielle et ses
liens directs avec les problèmes de santé des gens de Belledune.