Pierre Béland, alors chercheur au Centre de recherche en écologie des
pêches, et Daniel Martineau, à cette époque vétérinaire à
Agriculture Canada, ont voulu savoir de quoi cet animal était mort.
L'analyse des tissus leur a permis d'identifier de nombreux
contaminants toxiques, entre autres des organochlorés comme les BPC et
le mirex trouvés en concentrations records dans les tissus adipeux. Les
premières nécropsies ont révélé des problèmes du système
reproducteur et un taux inquiétant de tumeurs.
Ces découvertes étaient particulièrement alarmantes : on craignait
que les effets de la pollution ralentissent ou empêchent le
rétablissement d'une population que les activités humaines avaient
déjà considérablement éprouvée dans le passé.
En effet, la chasse commerciale, interrompue au milieu des années
1950, avait grandement réduit la population.

(photo: Baleines en direct)
D'après les recensements effectués par Leone Pippard, journaliste
convertie en chercheuse, et ensuite par Dave Sergeant, de Pêches et
Océans Canada, la population comptait environ 500 individus au début
des années 1980, soit seulement 10 p. 100 des effectifs du début du
siècle.
En 1999, une modification des méthodes de calcul a indiqué qu'il
pourrait y avoir jusqu'à deux fois plus de bélugas dans le
Saint-Laurent que ce que les recensements précédents avaient indiqués,
soit de 1000 à 1400 individus plutôt que de 500 à 700, ce qui
demeurre une petite population.
En 1983, on a donné aux bélugas du Saint-Laurent le statut de
population en danger de disparition. En 2001, ce statut n'a pas changé
et, près de 20 ans après le début de l'enquête, l'incertitude plane
toujours sur le rétablissement de la population.
Sylvain DeGuise, Michel Fournier et plusieurs autres chercheurs se
sont joints ultérieurement à M. Béland et à M. Martineau. Leurs
travaux ont fourni un nombre impressionnant de données qui laissent
penser que la pollution du Saint-Laurent affecte les systèmes
immunitaire et reproducteur du béluga. Soixante-treize carcasses de
bélugas ont été nécropsiées entre 1982 et 1996; 29 avaient des
tumeurs dont 14 étaient cancéreuses.

(photo: Baleines en direct)
Selon M. Martineau, la fréquence très élevée de tumeurs chez les
bélugas du Saint-Laurent est attribuable à la présence d'agents
carcinogènes puissants dans leur environnement. Au tout début de l'enquête,
le benzo[a]pyrène (BaP), qui provient de la combustion incomplète de
la matière organique, a été désigné comme étant l'une des
substances responsables. Des analyses d'ADN de bélugas ont démontré
une exposition à cette substance. Toutefois, la diversité des tumeurs
observées laisse maintenant penser qu'il y aurait probablement plus d'un
agent responsable.
Les travaux de M. Béland et de ses collaborateurs ont révélé l'ampleur
de la contamination du réseau trophique du Saint-Laurent. Malgré l'évolution
des méthodes scientifiques, les capacités à établir des relations de
cause à effet dans des systèmes naturels complexes sont limitées.
Les nombreuses maladies des bélugas sont en quelque sorte des "
preuves circonstancielles ". La somme de ces preuves est
toutefois accablante.

(photo: Baleines en direct)
Pour Voir les baleines du Saint-Laurent, Découvrir leur univers et Lire
l'actualité, naviguez sur Baleines en direct. http://www.baleinesendirect.net