endant
des décennies, la présence du couguar de l'est (Felis concolor couguar)
au Nouveau-Brunswick a fait l'objet de nombreuses hypothèses parmi les
biologistes et le public. Le couguar de l'est figure maintenant sur la
liste des espèces en danger de disparition, mais on ne connaît pas sa
situation exacte. Compte tenu de l'absence d'observations recensées,
les biologistes se demandent si, de fait, il y a déjà eu une
sous-espèce du couguar de l'est ou s'il s'agit d'une population de
couguars s'étant déplacée dans l'Est du continent (même espèce que
dans l'Ouest). Les biologistes désignent maintenant simplement le
couguar de l'est sous le vocable de couguar commun (Felis concolor).
Depuis le milieu des années 70, il y a eu plusieurs centaines
d'observations signalées de l'animal. Il y a par ailleurs un grand
nombre d'observations qui n'ont jamais été signalées. Le dernier
signalement confirmé d'un couguar au Nouveau-Brunswick remonte à 1932.
Un chasseur du comté de Kent a tiré sur un couguar assoupi dans un
arbre. En outre, le dernier signalement confirmé d'un couguar dans
l'Est du pays date de 1938. Un grand félin de couleur fauve (dont on
soupçonnait qu'il s'agissait d'un couguar) a été pris dans un piège
au Québec, près de la frontière du Maine. Depuis, il y a eu de
nombreux signalements, mais le manque de preuves substantielles remet en
cause la présence de cet animal dans nos forêts.

(photo: Eastern
cougar photo)
Le couguar peut avoir une longueur de 6 à 9 pieds (1,8 à 2,7 m) -
du museau jusqu'au bout de la queue - il pèse de 100 à 150 livres
(45,5 à 68,2 kg), et a une hauteur à l'épaule de 26 à 30 pouces (65
à 75 cm). Sa piste est de grande taille (4 pouces ou 10 cm) et
ressemble à celle d'un grand lynx ou loup-cervier. Les couguars sont
habituellement plus actifs la nuit et ont une robe de couleur fauve,
tirant sur le gris. Chaque année au Nouveau-Brunswick, environ 40
observations de couguar sont signalées. Les observations les plus
fréquentes sont celles à partir d'un véhicule ou par des personnes en
train de marcher. En règle générale, la personne aperçoit une
espèce de gros félin bondir hors du bois et traverser la route.
L'animal ne demeure normalement dans le champ de vision de l'observateur
que quelques secondes.
Chaque bureau de district du ministère des Ressources naturelles et
de l'Énergie (MRNE) possède des formules de « signalement du couguar
de l'est ». Si une personne croit avoir vu un couguar, elle est priée
de remplir une formule. Une des questions qui figure sur le document est
la suivante : « Quelle était la couleur de l'animal que vous avez vu?
» Si la personne répond que l'animal observé était brun foncé ou
noir, « l'alerte » est déclenchée. Il n'y a jamais eu de couguar
noir signalé en Amérique du Nord. Ici, au Nouveau-Brunswick, nous
possédons un certain nombre d'animaux qu'il est possible de confondre
avec un grand félin « noir ». Il y a le pékan (Martes pennanti), le
coyote de couleur foncée (Canis latrans), l'ours noir (Ursus americanus),
sans compter les chiens et les chats. Une observation furtive de ces
animaux pourrait amener l'observateur à croire qu'il s'agit d'un gros
félin de couleur foncée. À toutes fins utiles, si le signalement est
suffisamment convaincant, un membre du personnel du MRNE se rendra sur
place et prendra des photographies, mesurera les pistes et les foulées,
recueillera des échantillons d'excrément et de poil, et prendra
peut-être une empreinte au plâtre des pistes.
Même si l'existence du couguar semble incertaine, il y a eu quelques
anecdotes convaincantes et des faits vraisemblables. En 1992, des
biologistes du service de la faune provincial ont répondu à un appel
dans la région de Juniper. Ils y ont trouvé des pistes d'un félin (d'une
largeur d'environ quatre pouces) et une foulée atteignant quatre pieds.
Ces traces semblaient définitivement indiquer un très gros félin. Les
biologistes ont également recueilli des excréments sur la piste et les
ont envoyés au laboratoire aux fins d'analyse. On a trouvé du poil
dans les excréments, mais l'analyse n'a pas permis de produire des
réponses claires.
En octobre 2000, un Américain qui chassait l'ours a déclaré avoir
vu un couguar alors qu'il chassait à l'appât. Le guide avait observé
de grosses pistes de félin laissées la nuit précédente dans la
graisse et le gras autour de l'appât. À 17 h 30, le chasseur a vu un
couguar s'approcher de l'appât. Le félin s'est arrêté pendant
quelques minutes pour faire le guet, alors qu'il se trouvait à une
distance d'environ 40 m. Après avoir observé les lieux pendant
quelques minutes, le félin est passé près de l'appât, l'a dépassé,
puis s'est enfoncé dans le peuplement de résineux se trouvant à
proximité. Le chasseur a pu observer le félin pendant au moins 10
minutes. Après avoir reçu un appel du guide, un biologiste du MRNE
s'est rendu sur place. Entre le moment de l'appel et l'arrivée du
biologiste (comme il était à prévoir), les pistes dans le gras
avaient fondu et le cougar avait disparu. Le guide a fourni une bonne
explication, disant que la recrudescence de l'activité humaine dans les
quelques jours suivant l'observation, en raison notamment du début de
la chasse au cerf de Virginie, avait probablement effrayé l'animal. Le
chasseur a bel et bien vu quelque chose, mais sans photographie, une
empreinte au plâtre des pistes de l'animal ou une autre preuve
tangible, il est difficile d'en convaincre d'autres personnes.
Si un
couguar est observé de façon probante au Nouveau-Brunswick, cela
soulèvera plusieurs questions. Il faudra procéder à une analyse de
l'ADN afin d'établir si l'animal est de l'espèce du couguar de l'est,
ou s'il s'agit d'un couguar de l'ouest qui s'est échappé. Les preuves
recueillies nous permettront en outre de déterminer si les couguars de
la province font partie d'une population de couguars de l'Est du
continent. Jusqu'à ce que nous possédions les preuves voulues pour
confirmer la présence du couguar au Nouveau-Brunswick, les biologistes
et le public continueront de s'interroger sur la situation du couguar
dans la province.