Fire / Feu


 

Does oyster farming have a future in New Brunswick ?

In a single generation, oysters which once were bountiful in the Bouctouche and Cocagne bays have all but disappeared.   Once people marveled at the quality and quantity of oysters in these bays, but over harvesting and a seriously deteriorated ecosystem have stressed the resource, perhaps to a point of no return.

Presently the conditions of the environment in the estuaries of New Brunswick are such that oysters are more susceptible to disease, and this remains to be true after a series of expensive but largely ineffective interventions. And marine scientists are warning that oyster farming by itself will not bring about the changes required to make the resource viable.

Adding to this very precarious state of affairs, the dreaded MSX parasite was recently discovered in the waters of Cape Breton . Oyster farmers of Bouctouche Bay were not surprised; when an ecosystem has all but collapsed, it is an open invitation for parasites, diseases and exotic species to take over.

Ostréiculture au
Nouveau-Brunswick


Cécilia Cormier
Écocitoyenne, Cocagne, N.-B.
29 octobre, 2002

’ai eu deux mères :  celle qui m’a donné la vie, et la baie de Bouctouche. »
   Damas Nowlan (1900-1991),
   pêcheur d’huîtres de Bouctouche

« J’ai pas eu d’enfants, mais si j’avais un garçon qui me disait qui voulait me suivre en aquaculture, je l’emmènerais au quai, je lui attacherais une corde autour du cou avec une grosse roche au bout.  Là, je le jetterais à l’eau. »
  Jacques Nowlan, son fils est
président de la Coopérative des ostréiculteurs de la baie de Bouctouche

collecting oysters
(photo: capacadie.com)

"La pêche aux
moules, aux huîtres,
aux myes (coques)
... est fermée dans
toutes les eaux du
Nouveau-Brunswick
... en raison de la
présence à un
niveau inacceptable
d’acide domoïque."
Acadie Nouvelle


En une seule génération, une activité permettant de subvenir aux besoins de toute une famille s’est transformée en un véritable cauchemar pour bon nombre d’ostréiculteurs exerçant leur métier dans les baies de la côte est du Nouveau-Brunswick.  Que s’est-il passé pour que nous en arrivions à cette rude constatation?  Pour cela, il nous faut remonter dans le temps, à l’époque de la première exploration de nos côtes par les Européens.

Cette histoire, les gens de Cocagne la connaissent par coeur.  En 1672 (d’autres disent en 1632), un navigateur français, Nicholas Denys et son équipage, lors d’un voyage d’inspection le long des côtes, se réfugient par mauvais temps le long du côté nord de la rivière de Cocagne.  Ils y découvrent une telle abondance de gibier et de poisson que le Français donnera le nom de Cocagne à l’endroit, qui signifie « pays d’abondance ». Quelque deux cents ans plus tard, dans un rapport publié en 1852 sur l’état des pêches le long des côtes du Nouveau-Brunswick, Moses Perley parlait en ces termes des huîtres de Cocagne :

Oysters here are in great variety, and more abundant than in any other harbour on the coast… surpassing in flavour even those taken from the mouth of the James’ River in the Chesapeake, which are so esteemed in the United States.


Pourtant, dans son récit historique intitulé  : Cocagne, 225 ans d’histoire (1767-1992), Flora Cormier écrivait :

En 1840, les autorités gouvernementales du Nouveau-Brunswick s’inquiétaient déjà de la baisse de la ressource (ostréicole) dans la province.En conséquence, une loi fut adoptée à la législature pour en empêcher l’exportation. Le problème de la surexploitation ne date donc pas d’aujourd’hui.


Pour une évaluation scientifique et actuelle de la ressource, on ne peut guère trouver mieux que la recherche publiée en 2002 par l’environnementaliste bien connue, Inka Milewski, et Annelise S. Chapman : Oysters in New Brunswick:  More than a harvestable resource. Milewski et Chapman ont fait des plongées sous-marines et dressé un inventaire écologique de quatre baies du Nouveau-Brunswick, dont celles de Bouctouche et de Cocagne.  Reprenons ici certaines des conclusions des auteures…

Comme le soulignait Flora Cormier dans son historique de Cocagne, la ressource faisait l’objet d’une surexploitation dès le milieu du siècle dernier.  En plus, les méthodes de récolte par « raclage » détruisaient les bancs dont les huîtres ont besoin pour leur croissance.

Depuis la fondation des paroisses comme Bouctouche et Cocagne, presque toutes les terres le long des cours d’eau ont été défrichées pour l’agriculture, favorisant ainsi l’érosion. Dès lors, les rivières et les baies ont commencé à se remplir. Les coupes à blanc et l’aménagement des rives pour la construction de chalets, marinas et autres installations n’ont fait qu’accélérer le processus. (Un pêcheur me disait récemment que la baie de Cocagne n’avait plus que 8 ou 9 pieds de profondeur, et que les navires des premiers explorateurs ne pourraient aujourd’hui même pas entrer dans la baie, parce qu’ils en racleraient le fond.)

La contamination des cours d'eau aux coliformes fécaux est un problème qui se pose partout où il y a des agglomérations et où se pratique l’agriculture. (Selon Milewski et Chapman, en 2000, les cinq pêcheurs d’huîtres actifs de la baie de Cocagne n’ont pu faire la récolte que pendant 4 ou 5 jours lors de leur saison hivernale de six semaines.)

Résultat pour la ressource ostréicole?  La méthode du raclage et le problème d’envasement ont créé des conditions très peu propices pour la croissance des huîtres. D’ailleurs, des centaines de bancs autrefois productifs dans la baie de Cocagne sont maintenant complètement recouverts de vase. Cette eau plus turbide et une plus grande proportion d’éléments nutritifs (azote des fertilisants agricoles, matières fécales) ont transformé le milieu marin en favorisant la croissance d’espèces exotiques nuisibles aux mollusques et en simplifiant la biodiversité du milieu. Ajoutez à cela la diminution des espèces trophiques comme le hareng et la morue. Tous ces facteurs ont contribué à affaiblir l’espèce.

Au début des années 1950, cette espèce, stressée sur le plan physiologique et possiblement génétiquement affaiblie, n’a pu résister à l’assaut de la maladie Malpèque qui se déclara d’abord dans la baie de Cocagne.  Au Nouveau-Brunswick, d’une récolte annuelle de 1 264 tonnes métriques en 1910, la récolte est passée à 75 tonnes métriques en 1958.  Des efforts extraordinaires de la part du gouvernement ont fait en sorte que l’espèce n’a pas été complètement décimée, mais en 2000, la récolte n’était encore que de 240 tonnes métriques.

Revenons maintenant à Jacques Nowlan, ostréiculteur dans la baie voisine de Bouctouche.  Après avoir investi des dizaines de milliers de dollars pour établir son exploitation d’aquaculture et se sentant assailli de tous côtés, M. Nowlan parle comme un homme qui a à la fois rien et tout à perdre.  Il s’en prend aux divers organismes gouvernementaux pour leur manque de vision à long terme et leurs politiques contradictoires.  Ajoutez à cela des caprices administratifs parfaitement contraires aux réalités écologiques et des programmes d’emploi mal ciblés, et le portrait qui se dessine laisse fortement l’impression de deniers publics fort mal investis. 


(photo: internet)

Ces propos, Inka Milewski et Annelise Chapman y donnent foi.  Voici ce qu’on peut lire dans leur rapport:

En dépit des importantes sommes d’argent affectées par le fédéral et le provincial, la ressource ostréicole du Nouveau-Brunswick n’est jamais revenue à son niveau de production d’avant les années 1950.  René Lavoie, un scientifique et administrateur auprès du gouvernement fédéral, en explique les raisons.  À une combinaison de facteurs historiques, administratifs, sociaux et politiques vient s’ajouter le fait que les gouvernements se sont servis de l’ostréiculture comme programme de création d’emplois.  Or, affirme M. Lavoie, l’ostréiculture est une opération complexe exigeant des compétences spécialisées ne se prêtant pas à une main-d'oeuvre non formée, non supervisée, et recrutée parmi les sans emploi.

(résumé et traduction)

Que la pratique de l’ostréiculture exige de l’expérience, des connaissances et un engagement sans faille, Jacques Nowlan vous le dira aussi. Et sur la combinaison de facteurs politiques, administratifs, sociaux et historiques auxquels fait référence René Lavoie, il peut vous en raconter des chapitres. Par exemple, alors que les gouvernements dépensaient des sommes importantes pour l’aquaculture, la province approuvait l’établissement de la ferme Metz et l’épandage de dizaines de milliers de litres de purin sur les terres agricoles des rives de la rivière de Bouctouche. Alors qu’il siégeait sur une équipe de travail chargée de répertorier les sources de pollution de la baie de Bouctouche, une fois le travail terminé, on a fait savoir au groupe que les fonds pour corriger le problème n’étaient pas disponibles. On s’est pourtant servi de ces renseignements pour fermer la pêche aux mollusques. Et que dire du fiasco de l’ancien projet de marina de Bouctouche et des déchets toxiques remués lors de la construction de la nouvelle…  

Pour des gens comme Jacques Nowlan et Inka Milewksi, pour ne nommer que ceux-là, la reprise d’une ressource ostréicole saine ne peut se faire en garantissant la santé de l’écosystème dont elle fait partie.  Or, nos milieux estuariens ont été maltraités au point où leur biodiversité est gravement affectée.   

J’ai donc rejoint Jacques Nowlan chez lui pour lui demander son opinion sur le MSX, le parasite d’origine exotique dont la présence vient d’être décelée dans les eaux du Cap Breton.  Justement, me dit-il, le gouvernement fédéral était venu prélever des échantillons le matin même.  C’est moi qui apprends à Jacques que certains pêcheurs du Cap Breton ont déjà perdu 85 % de leurs stocks.  

Quant à Inka Milewsky, l’arrivée du MSX et les dégâts qu’il a déjà commencé à causer ne la surprennent pas le moins du monde. « La santé de nos estuaires est très précaire. On peut les comparer à une personne dont le système immunitaire est compromis et qui est susceptible d’attraper toute maladie qui passe. Cela fait des années qu’on se sert de nos cours d’eau comme des toilettes; l’invasion de parasites comme les MSX ne doit pas nous surprendre – c’est nous qui les avons invités. »  

Pour Jacques, ce n’est qu’un autre « clou dans le cercueil ».  Mais en bon Acadien, il n’a pas perdu son sens de l’humour.  En terminant, il me dit que pour faire de l’aquaculture, il faut que tu sois soit retiré ou retardé.  Il ajoute :  « Comme je pourrai seulement prendre ma retraite quand ils me sortiront de la maison les pieds par devant, ça doit vouloir dire que je suis l’autre. »  


Sources:

CORMIER, Flora (en collaboration), Cocagne, 225 ans d’histoire, Cocagne (N.-B.), Comité historique des aînés de Cocagne, 1993. ISBN  : 0-919488-43-9.

MILEWSKI, Inka , CHAPMAN, Annelise S., Oysters in New Brunswick : More than a harvestable resource, Fredericton (N.-B.), Conservation Council of New Brunswick, 2002 ISBN : 9687429-6-7.

PERLEY, Moses, Reports on the Sea and River Fisheries of New Brunswick , Fredericton (N.-B.), J. Simpson, 1852.