Organic Culture

A passionate gardener, Gilles Martin finds great satisfaction in helping seeds transform into fresh vegetables. He grows his vegetables organically, a tradition that has been passed on from his mother and grandmother. In addition to feeding his family, Gilles now produces organic produce for local markets in Dieppe and Bouctouche. He reflects on the organic culture - one that sees soil as a matrix of life composed of millions of living organisms, all of which are essential to the recycling of nutrients within the soil. Although it has its challenges, organic agriculture represents a healthier and more sustainable way to produce the food we eat.

La culture biologique : 
pour une agriculture durable

Gilles Martin
September 2006
 

epuis mon adolescence, je me passionne pour le jardinage, passion que m'ont transmise ma mère et ma grand-mère. Tout comme elles, j'y retrouve la plus grande satisfaction d'assister au miracle de la transformation de petites graines en beaux légumes frais. J'ai appris beaucoup de ces deux femmes, surtout le respect et l'amour de la terre et des choses simples, mais essentielles. Cet amour et ce respect, je les porte toujours en moi alors que je continue d'approfondir ma passion pour le jardinage.

Tout naturellement, ma grand-mère avait compris le processus du recyclage des nutriments. Pour elle, tout était réutilisable ou source de compost. C'était une jardinière biologique par la force des choses. Comme elle, le jardinage est pour moi aussi nécessairement biologique, parce que cette forme d'agriculture renferme les valeurs qu'elle et ma mère m'ont transmises. Depuis une douzaine d'années donc, mes légumes sont poussés sans l'utilisation d'aucun engrais ou pesticide de synthèse. Je retrouve la plus grande satisfaction à nourrir ma famille et moi-même de produits sains qui ont laissé le moins d'impact possible dans mon environnement.

Récemment, j'ai poussé l'aventure bio un peu plus loin et je cultive présentement une acre et demie de jardin de manière à pouvoir fournir des légumes frais aux marchés locaux de Dieppe et de Bouctouche. Notre petite ferme familiale est certifiée biologique. Cela nous permet d'identifier clairement à nos clients que nos légumes sont cultivés selon les normes canadiennes relatives aux produits biologiques et aussi d'exprimer les valeurs de respect et de prudence avec lesquelles nous cultivons.


De juin à septembre, Gilles vend ses légumes bio aux marchés de Dieppe et de Bouctouche.
(Photo : Gilles Martin)

Ces dernières années, les démarches, discussions, lectures et rencontres qui ont mené à notre certification bio m'ont permis de réaliser la profondeur du concept biologique et à quel point ce type d'agriculture est plus que simplement cultiver sans produits chimiques.

À la base, la culture biologique est une agriculture qui perçoit le sol comme une matrice de toutes sortes de vie composée de milliers, voir de millions d'organismes vivants essentiels au recyclage des nutriments. Il faut donc voir à travailler avec cette matrice, à la stimuler et à éviter toute activité qui pourrait lui être nuisible. C'est ainsi que les biocides, pesticides, herbicides et autres produits de synthèse qui détruisent des organismes vivants sont proscrits. Ces substances en plus de risquer de se retrouver dans et sol et les aliments, pourraient affecter la flore microbienne et les insectes essentiels à nos cultures. Les composts sont la clé de la fertilité en jardinage biologique, fournissant la matière organique qui nourrira les microorganismes du sol. Aussi, des cultures vertes appelées "engrais verts" sont utilisées périodiquement pour enrichir le sol. Afin de gérer les mauvaises herbes et certains insectes nuisibles à certaines cultures, l'agriculture biologique doit recourir à d'autres méthodes que celles issues de l'agriculture conventionnelle, dépendante des produits chimiques. Souvent ces méthodes sont mécaniques ou même manuelles, ce qui représente un coût supplémentaire pour le producteur bio. Mais, de plus en plus, la nécessité étant la mère des inventions, des produits non synthétiques de nature biologique sont à la disposition du producteur biologique. L'agriculture biologique joue donc de cette façon un rôle de transformation qui a des impacts positifs dans l'agriculture traditionnelle.

Mais l'agriculture bio va plus loin encore. Elle met l'emphase sur le maintien ou même l'augmentation de la biodiversité des sites agricoles par la promotion de bandes de végétation et de région maintenues à l'état sauvage. La rotation des cultures est aussi un élément important dans le bio étant donné la non-utilisation d'insecticides de synthèse. Ainsi les champs vont alterner entre les cultures de légumes ou céréales, les engrais verts, le pâturage et les jachères courtes pour éliminer naturellement les mauvaises herbes. Bien sûr, les cultures bio sont influencées par les activités qui ont lieu dans les environs. C'est pour cette raison que des bandes tampons doivent être respectées entre les cultures et les activités avoisinantes susceptibles de les influencer.


Gilles Martin est un chercheur en environnement et jardinier biologique avec sa famille sur sa ferme de Richibouctou-Village. 
(Photo : Gilles Martin)

Étant donné toutes ces pratiques, l'agriculture biologique représente à mon avis une alternative beaucoup plus durable que l'agriculture conventionnelle dépendante de l'industrie agrochimique. Je demeure profondément convaincu qu'il est possible de se nourrir sans s'empoisonner soi-même ou en empoisonnant notre milieu de vie. L'augmentation fulgurante de la consommation des produits biologiques ces dernières années d'abord en Europe puis maintenant en Amérique semble appuyer ces dires.

Mais l'agriculture biologique a également plusieurs défis à relever. Alors qu'à l'origine, l'appellation biologique était presque exclusivement réservée à des petits producteurs qui vendaient localement, aujourd'hui de grandes fermes biologiques font leur apparition. Le côté local et équitable de la production n'est pas nécessairement compris dans l'étiquette biologique, d'où l'importance pour le consommateur d'acheter bio mais aussi local. Les coûts économiques et environnementaux associés au transport de produits qui nous arrivent de Chine ou d'ailleurs ne sont pas toujours reflétés dans le prix, d'où l'importance de voir à l'origine de ce que nous consommons, encore plus dans le contexte du changement climatique, associé surtout à notre grande utilisation de carburants fossiles.

Également, le petit fermier bio lutte encore pour sa survie dans un monde où plusieurs consommateurs veulent un produit le moins cher possible. Étant donné les pratiques et efforts nécessaires en bio, il demeure difficile voir impossible pour un producteur bio d'offrir ses produits au même prix que le producteur conventionnel. C'est donc dans la mesure où les gens seront sensibilisés aux impacts de l'agriculture sur l'environnement et la santé humaine et aux avantages qu'offre en ce sens le biologique, que nous verrons de plus en plus de consommateur faire le choix bio.

Pour ma part, je retiens les leçons apprises de ma grand-mère et de ma mère et je demeure un jardinier bio convaincu. Je cultiverai biologique ou ne cultiverai pas du tout. Pour moi il en va de la santé des miens, de ma communauté et celle de ce milieu naturel qui soutien la vie.