ne
grand-mère prépare un repas et demande à sa petite fille d'aller
dehors lui ramasser des patates. Quelques minutes plus tard, la petite
fille entre dans la cuisine avec sa tête basse et un panier vide.
Elle dit tristement : " Mémère, j'ai regardé dans tous les
arbres…mais je n'ai pas trouvé les patates! "
Cette anecdote nous amène à nous
demander pourquoi la jeune fille, comme plusieurs autres de sa
génération, ne sait pas où trouver des patates dans le jardin?
Pourquoi la génération des baby-boomers et maintenant leurs enfants
ont-ils, pour la plupart, abandonné l'idée d'avoir un potager dans
la cour?

(photo: Denny Richard)
Les réponses à ces questions sont
nombreuses et pourraient engendrer des discussions intéressantes à
plusieurs niveaux. Cependant, pour les fins de cet article, nous nous
contenterons d'examiner brièvement les impacts du système
d'approvisionnement alimentaire contemporain. De nos jours, la plupart
des aliments qui sont achetés dans les supermarchés ne viennent pas
des fermes locales, mais plutôt de fermes industrielles qui
distribuent leurs produits sur le marché international.
La révolution verte des années 1950 a
introduit les fermiers Nord-Américains aux nouvelles technologies
comme les pesticides, les engrais synthétiques, et les machineries
spécialisées. Les conséquences de cette révolution agricole ont
été dévastatrices. Les fermes de petite et moyenne taille sont
présentement en voie de disparition car ils n'ont pas été capables
de faire compétition avec les méga-fermes modernes. De plus, les
machineries et produits chimiques que les fermiers utilisent causent
des problèmes environnementaux qui étaient inimaginables il y à 50
ans. La contamination des eaux de surfaces et des eaux souterraines,
l'eutrophication des rivières, et la désertification ne sont que
quelques exemples des répercussions de cette nouvelle agriculture.

(photo: Denny Richard)
En général, les fermes sont devenues
plus grandes, plus polluantes et moins diversifiées. Les aliments
doivent voyager de plus grandes distances et posent des dangers à
notre santé. Nous remarquons également que le système
d'approvisionnement alimentaire qui domine est relativement fragile.
La dépendance du transport de ce système, et aussi du pétrole, pose
un sérieux problème. Le manque de pétrole, les désastres naturels,
et la guerre sont tous des perturbations qui pourraient compromettre
notre capacité à nous alimenter. Les gens qui ne connaissent pas la
face cachée de l'agriculture industrielle et de la distribution
alimentaire sont sous la fausse impression que les rayons des
supermarchés seront remplis en perpétuité par des aliments de
" bonne " qualité à prix abordables.
Cependant, plusieurs gens sont
conscients de notre insécurité alimentaire et se demandent comment
il sera possible d'arriver à instaurer un nouveau modèle
d'approvisionnement alimentaire qui serait avant tout local et
biologique. En d'autres mots, comment augmenter notre capacité de
production alimentaire biologique locale et minimiser notre
dépendance envers les aliments qui nous viennent de loin?

(photo: Denny Richard)
En 2002, les membres du groupe
étudiant Symbiose de l'Université de Moncton ont ramassé leurs
pèles et ont chaussé leurs bottes en caoutchouc pour tenter de
répondre à cette question. Pour y arriver, ils ont décidé
d'établir un jardin communautaire sur le terrain du Campus. En plus
de donner aux membres du groupe une avenue pour pratiquer leurs
techniques horticoles, le jardin avait comme objectif de donner accès
au jardin à tous ceux qui désiraient cultiver leurs propres fruits
et légumes, de créer un esprit communautaire à l'Université, et
bien sûr de sensibiliser les gens aux enjeux environnementaux et
sociaux qui proviennent de la production et de la distribution des
aliments.
Le Jardin communautaire de la
Terre-Haute commença de façon très modeste, comptant seulement sept
participants durant sa première année. Par contre, aujourd'hui le
jardin regroupe plus de 60 membres et s'étend sur un lopin de terre
d'une taille d'à peu près une acre. Nous retrouvons parmi nos
membres les enfants de la Garderie l'Éveil, plusieurs étudiants
internationaux et canadiens, des étudiants des écoles secondaires,
des membres du centre de ressources familiales de Moncton, des
professeurs et des administrateurs du campus, et même un agronome à
la retraite qui ne se gêne pas pour partager ses connaissances
impressionnantes avec les autres.

(photo: Denny Richard)
Il est évident que la diversité des
participants est devenue la grande force de ce projet. L'atmosphère
de partage et d'échange qui règne entre les participants assure le
succès de l'initiative et rend l'expérience enrichissante pour
chacun. Les gens qui n'ont jamais planté un jardin apprennent
maintenant à cultiver leur parcelle et à développer une connexion
intime avec la nourriture qu'ils consomment.
Une initiative complémentaire est
aussi née des échanges entre les participants. En 2004, nous avons
développé le concept d'un événement multidisciplinaire que nous
avons baptisé " Le spectacle de la grande couvarte ". Le
spectacle, qui correspond avec la rentrée universitaire, comprend de
la musique, de la poésie, divers groupes environnementaux et sociaux
de la région, et un grand repas préparé sur place avec les aliments
récoltés dans le jardin. Le spectacle nous permet d'élargir notre
mission de sensibilisation et de célébrer le succès du jardin avec
le grand public.

(photo: Denny Richard)
Maintenant dans sa cinquième année
d'opération, le jardin communautaire ne fait que prendre de l'ampleur.
Un conseil d'administration composé des membres du jardin a vu le
jour cet été afin d'assurer une certaine stabilité au projet. De
plus, nous continuons d'établir des framboises, des mûres, des
raisins, et d'autres plantes vivaces qui s'insèrent dans notre vision
à long terme.
Au début de chaque année, nous
demandons aux gens pourquoi ils veulent jardiner. Nous avons remarqué
que les réponses se ressemblent beaucoup. En général, les gens
n'ont pas confiance dans la qualité de la nourriture qu'ils achètent
au supermarché. Ils sentent le besoin d'acquérir les connaissances
qui ont été perdues par les dernières générations et qui vont
leur permettre d'augmenter leur indépendance alimentaire. Nous sommes
confiants que les participants du jardin communautaire de la
Terre-Haute sauront développer leur passion pour le jardin tout en
développant les connaissances pour une vraie sécurité alimentaire
….. du moins, ils sauront o? trouver les patates dans le jardin!