The Fish Factory that Saw the Environment Go Sour

In a small coastal Acadian village, a fish factory is about to go out of business. The crisis seems inevitable. There are no more fish.

Paul Lalonde shows his attachment to the ocean and that of the Acadians in general with this tale. Written in  Acadian French, this text brings out the colours of the acadian villages that have  depended on the oceans for work and that have grown through offerings from the ocean. When the ocean starts to suffer and cannot provide for the fish, all is at risk. According to Lalonde, an ocean out of shape is equivalent to a people out of breath.

La pipe qui
draine la mar

Paul Lalonde
novembre 1998

n.gif (432 bytes)ote de l’auteur :
Vous allez lire un texte qui parle de la mer. La voix de ce texte est également celle d’un peuple qui a profité de l’incroyable abondance des océans. La mer a sauvé les Acadiens et ils sont intimement liés à son avenir. Le dialecte acadien, dans lequel ce texte est écrit, est un trésor aussi menacé que les poissons et les écosystèmes marins.

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(photo:NBEN/RENB)

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Author:
Paul Lalonde
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En corollaire, si les poissons sont menacés, les communautés qui en dépendent le sont aussi. J’écris en dialecte acadien pour valider une existence : celle de mon Acadie, celle des villages, celle d’un mode de vie, celle qui, à sa façon, a son propre écosystème. Le français acadien a une place dans le monde moderne, comme les villages de pêche en ont une et comme les petits bateaux ont une place sur la mer.

Aux Maritimes on est en train de se laisser assimiler… Les flottes s’incorporent, les villages se dépeuplent et le français se standardise. La mondialisation des langues suit de très près la mondialisation de l’économie et des cultures. Souvent, j’ai l’impression que les Acadiens veulent laisser ce vieux français en arrière dans le but d’ouvrir des portes pour l’avenir. Je crois plutôt qu’ils ferment des portes. Seule la diversité dégage de nouvelles voies. Qu’en pensez-vous ?
J’ai inclus un glossaire à la fin du texte pour faciliter la compréhension du texte qui suit, pour vous initier à ce monde où on est vraiment fier d’être Acadien et pour rendre compte de la grande richesse de ma langue.

 

La pipe qui draine la mar

Ils disont que la mar est vide. Il y a pus de poisson.

Hiar, je marchais darrière la facterie à poissons. J’étais sur ma plage. La plage était point vraiment à moi, mais nous autres, dans la famille, j’appelions ça notre plage. J’y allais tout le temps quand j’étais petit. J’y vais moins souvent asteure. Je visitais ma tante, qui reste drette à côté, dans la vieille maison à Grand-grand-père Denis. Quand-ce que Mame faisait la visite, je me sauvais à la plage. Je trouvais en masse d’affares à rapporter montrer aux grands. Il y avait des roches de toutes les couleurs mais j’aimais les blanches le plusse. Des cotchilles. En veux-tu en v’là des cotchilles : des petits bourgots, des grous bourgots et des tas de cotchilles de palounes. J’amenais chaque cotchille parfaite au logis. L’eau est frette chu nous, donc j’allais rarement me baigner. En place, je jouais dans les grous fronnes blancs de la mar ; les oser est un peu éffronté et une miette excitant. C’était un beau jeu perdre dans ce jeu-là. Sur ma plage, il y a toujours des fronnes qui faisont toujours du tronne. Ils faisont rouler les roches rondes de la plage. Si tu écoutes, tu peux entendre la voix de la mar. C’est une voix qui parle coumme mille voix ensemble et qui te chantera tous ses secrets si tu arrêtes pour écouter.

Hiar, je marchais sur ma plage. Depuis tcheutes années, pour marcher d’un boute à l’autre de ma plage, il faut traverser la pipe qui sort de la facterie à poisson. C’est une grousse affare en métale rouillé qui sort du coin de la bâtisse et qui devalle jusqu’au sable. C’est un mètre au-dessus de la tarre. Il faut s’assir dessus pour la passer. Une fois assis, on peut fare allé ses jambes en ciseaux et là, on est sur l’autre bord. Quand-ce qu’ils avont bâti la facterie, et quand-ce qu’ils avont installé la pipe sur ma plage, j’étais découragé. La plage qui était fendue par tcheuqu’affare ; ç’appartienait point là. Mais je m’en ai venu accoutumé. La voix de la mar est forte ; elle m'a fait oublier ce couteau en métal qui coupait creux dans les dunes. La voix te fait oublier la misare.

Hiar, le monde travaillait à la facterie. Devant la laide bâtisse blanche, il y avait quasiment toutes les machines du village. La bâtisse de la facterie n’a point d’âme : point vitres, point de style, point de couleur. La plupart du temps, ce stationnement est coumme un trou de gravail vide. Hiar, par contre, c’était plein. C’était manière d’excitant de voir tout le monde en frais de travailler. J’aimais voir ça. Ça baillait de la vie à la facterie. Je savais, itou, que le monde du village en était content. Le travail vire le village en fête. Il y a des dettes à payer mais oublions point les gâteries à s’acheter. Plusse tôt, j’avais vu toutes les femmes avec leurs calottes en plastique fleurées, leurs nappes de table blanches et leurs bottes noires. Elles alliont couper du poisson. Ça tchaquait mille mots par minute. Ça riait. Malgré les hardes qui écrasaient leur âme, la beauté y reillait coumme le soleil en travars la brume. Tout le monde est de bounne humeur quand-ce qu’il y a du poisson.

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(Photo: Jimmy Brown)

Puis pas longtemps après, l’âme de ces coupeuses de poissons drainait de la pipe sur la plage.

La bouche rouillée de la pipe djedjeullait du gorais de poisson : des têtes, des tripes, de l’eau étchumeuse. Ça coulait sur le sable gris. L’eau était rouge de sang. L’odeur forte de poisson neyait celle de la mar. Des goélands sarfs étiont venus. Ils faisiont un carillon du Djâble. Il y avait une centaine d’oiseaux dans la mêlée. Ils voliont des morceaux de poisson du bec d’un autre ; et ils se disputiont en voix hardies. Ils étiont debout dans le sal courant : ailes, têtes de poissons, becs, cris, étchume. Ils étiont vargué coumme s’il faullait manger tout asteure parce qu'il y en aurait point demain. Bétôt, tout était ramassé.

Ils disont que la mar est vide. Aujourd’hui elle est malinne et frette. Les bottes ont point pu sortir. Il y a point de cars à la facterie. Pourtant la mar me paraît quasiment aussi triste que malinne. Je crois qu’elle s’ennuie. C’est platte quand-ce qu’on est tout seul.

Je sais pourquoi-ce qu’elle s’ennuie. La mar aimait partager avec nous autres. Elle l’avait fait pour des générations. La mar est généreuse. Elle nous sauvit quand-ce qu’on pu point nous sauver. Mais le poisson a bâsi. Elle peut pus nous en bailler, ou bien donc, j’en voulons peut-être trop.

Ils disont que la mar est vide. C’est vrai ! Je l’ai vu ! J’ai vu la pipe qui la drainait. Il en coulait une djedjeullerie amarre coumme que si j’étions rendus jusque dans les creux de l’estoumac de la mar. Mais c’est la maladie qui ravode dans mon village. Elle coummencit quand-ce que la facterie pardit son âme et quand-ce que les goélands braquirent à manger dans les pipes.

GlossaireAcadien Français

français acadien   français standard
bailler: donner
bâsir: disparaître
botte: bateau
bourgot :dans « petit bourgot » :   bigorneau    dans « grou bourgot » : pourpre
cotchille: coquille
carillon: tintamarre ou bruit
devaller:descendre
djedjeuller: vomir
étchume: écume
fronne: vague
gorais:  des morceaux pas voulu du poisson
machine: véhicule
malinne: maligne
palounne:  palourde
sarf: gourmand
tchaquer: jaser
tcheutes: quelques
vargué: fou