The Upper Saint John River
National heritage treasure or open sewer system?

In many river communities in New Brunswick there are no adequate waste water treatment facilities and drinkable water is hard to find.

In this region of low population density and few industries, is it possible that the experts cannot provide us with good quality water?

This is the question that Yves Carrier explores in his article on the Upper Saint John River.

Le Haut Saint-Jean
Trésor patrimonial naturel ou

Égout à ciel ouvert?

Yves Carrier
Président Fondation Glazier

juillet 1998

a.gif (364 bytes)vec tous les événements des derniers mois, concernant le déversement d'égouts municipaux non traités dans le fleuve Saint-Jean, il est grand temps pour les citoyens du haut Saint-Jean de faire un examen de conscience collectif.


(photo: site)
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Le lac Glazier... quelle beauté !
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Il est facile de trouver des boucs émissaires ou de blâmer certains individus ou certaines collectivités pour leur négligence et leur manque de savoir-vivre face à la pollution de la rivière. En vérité, très peu de municipalités riveraines de notre région ont des services de traitement efficaces pour contrer la pollution du fleuve par leurs eaux usées. La plupart des municipalités n'ont que des bassins de décantations qui n'enlèvent que les matières solides et laissent couler le liquide excédentaire directement dans la rivière sans plus de traitements secondaires ni tertiaires. Tous ces bassins de rétention sont situés sur les berges de la rivière et s'il arrive un pépin, la totalité des égouts s'y retrouve. Il est vrai que la situation s'est améliorée depuis les vingt dernières années, mais elle est loin d'être acceptable en cette fin de vingtième siècle, où nous devrions être de plus en plus conscient de notre impact sur la vie de notre planète. Nous élaborons des projets de développement économique pour augmenter la population de nos villes et de nos villages, nous voulons fragmenter davantage encore l'habitat sauvage qui nous reste en construisant des routes, loin d'être essentielles à notre survie, et parallèlement nos élus n'ont pas, jusqu'à présent, démontré d'intérêt pour contrer la pollution de notre territoire. Durant les dernières campagnes électorales, avez-vous entendu un politicien promettre des sommes d'argents pour arranger les égouts municipaux? Si oui, cela n'a sûrement pas fait la manchette ; très peu d'enjeux politiques résident dans une gestion responsable de nos déchets.

L'industrie locale, que ce soit les abattoirs, les papetières ou les scieries, n'a pas un bilan plus reluisant en ce qui a trait à la gestion des déchets. Là aussi, on peut apprécier une certaine amélioration mais il en reste beaucoup à faire. Une analyse sérieuse des effluents saurait révéler de grosses lacunes dans le traitement des eaux usées. Les résidus de scierie empilés au fil des années continuent de se décomposer et le lexiviat continue de couler dans la rivière. L'abattoir traite une partie de ses eaux usées mais beaucoup de pollution est encore générée en ce moment par un déversement de surplus qui s'écoule directement dans la rivière. Combien de propriétés rurales, non raccordées à un système d'égout municipal sont dotées de systèmes septiques performants? Les eaux usées de bien des propriétés en milieu rural se déversent encore directement dans les fossés le long des chemins et le tout finit dans la rivière. Certaines municipalités ont beau se plaindre que leur eau domestique a été contaminée, mais le rejet de leur papetière est loin d'être  sain pour le fleuve et tous les utilisateurs de la rivière savent que l'eau du fleuve est beaucoup plus contaminée en aval d'Edmundston et de Madawaska qu'en amont.

Comment peut-on expliquer que dans plusieurs villages l'eau potable est difficile à trouver et que très souvent on reçoit des avis de faire bouillir l'eau? Dans un territoire à faible densité de population, et peu industrialisé, nos experts sont incapables garantir un apport d'eau de bonne qualité. Cette situation est récente dans notre histoire locale. Que sera-t-elle dans 10 ou 15 ans? À la longue, avec le temps, la nature finit par nous faire ce que nous lui avons fait. Inévitablement, l'eau chassée de notre toilette finit dans le robinet de quelqu'un d'autres. N'y a-t-il pas ici un message qui pourrait nous être profitable?

Notre ministère de l'Environnement sert-il à protéger l'environnement ou sert-il à émettre des permis pour polluer? Il est très inquiétant d'apprendre que bien des déversements sont fait intentionnellement, avec la permission du ministère et avec tous les permis en main. Il semble qu'on soit souvent désolé de s'être fait prendre sur le fait pendant que certains fonctionnaires font porter le blâme sur d'autres. Le seul tord qu'on se donne est celui de ne pas avoir averti d'autres fonctionnaires. La vie de la rivière est-elle prioritaire? Pas vraiment, à en juger par la voix des médias sur les incidents de mai et de juin impliquant St-François. On finit par apaiser la population... l'eau du fleuve est maintenant potable parce que la quantité de coliformes a baissé dans les échantillonnages. Est-ce que l'on vérifie seulement le décompte de bactéries pour s'assurer que l'eau est de qualité suffisante? Que fait-on des métaux lourds, des nitrates, des phosphates, des résidus d'hydrocarbures, des pesticides, des résidus chimiques domestiques et de tout ce qui peut être chassé dans les égouts, tant par les résidences que par les industries? Combien de deniers publics vont dans l'analyse approfondie, tant bactériologique que physico-chimique, de nos eaux usées rejetées dans la rivière? Combien de deniers publics sont utilisés pour la mise en place de traitements efficaces de nos eaux usés? Notre seule consolation au Madawaska, c'est que tout ce que l'on rejette dans le Saint-Jean finit inévitablement par passer par Fredericton, d'où vient bien des permis pour polluer!


(photo: site)
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La rivière Saint-François
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Ce majestueux fleuve, je le connais bien. J'y passe une bonne partie de mes heures de loisirs. Malgré nos abus, cette rivière est toujours vivante. Nos ancêtres se sont établis sur ses berges, s'en servant pour naviguer, pour transporter leur bois et pour s'y nourrir. Les premiers habitants de la région, les Malécites, l'ont baptisé Wulastook, "la rivière bonne et productive". Sommes-nous rendus tellement égoïste dans notre développement que seul l'argent en banque a de l'importance? Sommes-nous rendus tellement stupides et déconnectés des cycles naturels que le potentiel touristique de ce majestueux plan d'eau nous échappe encore? Avons-nous perdu tout respect pour la vie qui nous entoure?

La couverture médiatique que l'on a accordée aux déversements des eaux usées de St-François a retenti comme un cri d'alarme. Il est grand temps de prendre la vie de notre rivière au sérieux! Il est grand temps que des pressions politiques soient exercées pour régler de façon sérieuse et efficace le problème des eaux usées de la région. Chialer permet de se défouler, mais cela ne résout rien. Il y a des solutions à la majorité de nos problèmes de pollution ; la technologie, la science et les lois existent déjà. Tout ce qui manque est la volonté collective d'agir.