Air



Birds and
forest
exploitation:
reaching the
limits of
tolerance

"It is very
interesting to
study birds
because you can
number them
simply by listening
closely to their
morning songs."
Professor
Marc-André
Villard and his
students have
been studying the
effects of forestry
on birds. 

Studies have
demonstrated
that: "In spite of
the fact they are
very mobile, even
migratory birds
show a negative
response to
excessive forest
openings caused
by intensive
forestry."

Villard states that:
"As far as large
trees are
concerned, our
results indicate
that at least 80
large trees are
necessary for
every hectare to
protect sensitive
species whilst the
regulations call
for only 10. The
regulations are
also insufficient
for the proportion
of forest cover
that must be
maintained; the
regulations state
that 40 % is
sufficient but it
should be 70 %
according to our
observations."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


(photo: Jean- Sébastien Guénette)




Les oiseaux et l’exploitation
forestière : aux limites
de la tolérance?


Marc-André Villard, titulaire
Chaire de recherche du Canada en conservation des paysages
Département de biologie,
Université de Moncton
Juin 2003

tous les matins dès l'aube, le petit village de Riley Brook vibre sous le fracas des camions de bois vides qui se dirigent vers les terres forestières environnantes. Même à cette heure hâtive, les camions ne me réveillent pas car je me prépare moi-même à aller en forêt afin de mesurer la réponse de plusieurs espèces d'oiseaux aux changements des paysages associés à la coupe. Depuis sept ans, mes 

Chouette rayée


(photo: Jean-Sébastien Guénette)

cétudiants et moi avons documenté les effets de divers types de oupes sur des oiseaux qui requièrent des forêts matures pour nicher, se nourrir ou encore pour s'abriter l'hiver. Outre leur attrait esthétique et la beauté de leur répertoire, les oiseaux sont très intéressants à étudier car ils sont faciles à dénombrer par une simple écoute attentive de leurs chants matinaux. On peut ainsi non seulement noter les espèces présentes mais aussi le nombre de mâles chanteurs de chaque espèce. Bien qu'ils soient très mobiles, même les oiseaux migrateurs montrent une réponse négative à l'ouverture excessive de la forêt par la sylviculture intensive. Enfin, les oiseaux représentent une proportion importante des espèces de vertébrés terrestres que l'on retrouve en forêt et plusieurs d'entre eux jouent un rôle primordial dans l'écosystème forestier en maîtrisant les populations d'insectes, notamment ceux qui se nourrissent du feuillage des arbres.

Coupe de jardinage


(photo: Jean-Sébastien Guénette)

La forêt néo-brunswickoise est un écosystème riche en espèces végétales et animales, même après des décennies d'exploitation forestière de plus en plus intensive. Un observateur averti pourra y trouver toutes les espèces d'oiseaux typiques de la région, dont plusieurs rapaces diurnes et nocturnes (ex. : autour des Palombes, chouette rayée) et une grande diversité de parulines, de pics, de moucherolles, de viréos, ainsi que du spectaculaire tangara écarlate. Toutefois, notre travail consiste à vérifier si cette grande diversité persistera si la province augmente les droits de coupe sur les terres de la Couronne, tel que le demandent plusieurs représentants de l'industrie. Nous avons étudié les oiseaux sur des terres privées du nord-ouest appartenant aux compagnies Irving et Nexfor Fraser Papers. Ces forêts comptent parmi les plus intensivement aménagées au Canada. Les peuplements de sapins et d'épinettes et les peuplements mixtes ont, en grande partie, été convertis en plantations (surtout d'épinettes noires), tandis que les érablières à hêtre et à bouleau jaune sont rapidement traitées à l'aide de divers types de coupes partielles. Les coupes partielles, communément appelées coupes sélectives, sont moins connues du public que les coupes à blanc. Bien que les coupes partielles soient moins spectaculaires, il est maintenant difficile de trouver des forêts feuillues non traitées, du moins dans les quelque 5000 km2 de terres privées que nous avons sillonnées. La coupe partielle, ou de jardinage, a pour but de remédier aux coupes " d'écrémage " lors desquelles les meilleurs spécimens des espèces les plus prisées (bouleau jaune, pin blanc, épinette rouge, etc.) ont été prélevés par les bûcherons. Toutefois, pour les espèces d'animaux et de plantes qui ont besoin de microclimats sombres et humides, l'ampleur de ce " jardinage " suscite notre inquiétude.

Sylviculture


(photo: Jean-Sébastien Guénette)

Nos travaux, fondés sur plus de 600 points d'écoute d'oiseaux, nous ont permis de déterminer les espèces les plus sensibles à l'intensité de la coupe tant aux échelles du peuplement (parcelle de forêt) que du paysage (groupe de parcelles). Cette liste de plus de 20 espèces comprend notamment des rapaces, des pics, des mésanges, des sittelles et plusieurs parulines. Toutes ces espèces ont montré une nette préférence pour les forêts comportant une densité élevée de gros arbres (>30 cm à hauteur de poitrine), de gros arbres morts, ou de grands blocs de forêt mature dans le paysage. Nous avons aussi pu évaluer la pertinence des directives du ministère des Ressources naturelles et de l'Énergie en ce qui a trait à la coupe dans les forêts de feuillus. Pour ce qui est des gros arbres, nos résultats indiquent qu'au moins 80 gros arbres par hectares sont requis pour protéger les espèces sensibles alors que la directive n'est que de 10. Les directives semblent aussi insuffisantes en ce qui concerne la proportion du couvert forestier qui doit être maintenue (40% vs 70% selon nos données).

Moucherolle tchébec


(photo: Jean-Sébastien Guénette)

Bien sûr, une paruline ou un grimpereau ne pèse pas lourd quand on considère l'importance économique de l'industrie forestière. C'est là que doit entrer en jeu la population néo-brunswickoise. Quelles valeurs voulons-nous privilégier dans nos forêts publiques? Le rendement en bois, les emplois, les activités récréatives, la conservation de notre patrimoine naturel pour les générations futures? Bien sûr, la plupart d'entre nous aimerions que toutes ces valeurs soient protégées. Nos travaux offrent une direction très concrète pour que l'une d'entre elles, la conservation de nos oiseaux forestiers, ne soit pas perdue par manque de sagesse. Bien sûr, beaucoup reste à faire afin de déterminer si nos recommandations sur la conservation des oiseaux permettront aussi de protéger d'autres organismes vivants tout aussi importants mais parfois moins exubérants. Quant à moi, je me réjouis encore de voir des martinets ramoneurs nicher dans un arbre creux plutôt que dans une cheminée de brique, tout simplement parce que c'est là qu'ils nichaient depuis des millénaires, avant que nous leur fournissions une alternative qui disparaît d'ailleurs très vite…

* Photos taken within the District of Black Brook, N.B. 2002/2003