Earth area

   

 visit the current theme

 

Plantations or natural forests

Proper management of our conifer forests would ensure adequate regeneration without the need for plantations.

Plantations have been used politically to justify
over-harvesting.

The control of OUR Crown forests 
by the forest industry for the past twenty years
has created the present impass.

For the well-being of our forests, the population
of New Brunswick must re-appropriate the control
of it's resources.

      

Plantations ou forêts naturelles!

C’est un peu comme dire : prothèses
ou membres naturels? Le choix est évident.


Yvon A Moreault,
RPF (1963-1997) Forestier régional,
retraité Ministère des Ressources Naturelles
et Énergie Province du Nouveau-Brunswick
juin 2003

Oous sommes privilégiés dans l’est du pays d’avoir une forêt qui se régénère naturellement avec autant de générosité et souvent même avec trop. Ce faisant, elle conserve ses riches attributs écologiques qui évoluent en harmonie depuis les périodes glaciaires.

Pins rouges (Pinus resinosa) ~ Red Pine

(photo: Glen Blouin)


Depuis les années quatre-vingt, nous récoltons plus de volume de conifère qu’il n’en pousse. (1) Tant qu’au public, il critique de plus en plus les coupes à blanc et l’industrie forestière.  Pour répondre à ces critiques, l’industrie profite d’un préjugé populaire à l’effet que nous devrions planter autant d’arbres qu’ils s’en coupent.  L’industrie lance des campagnes de promotion en faveur des plantations de style agro-industriel : coupe à blanc, scarification, plantation d’épinettes noires, herbicides, herbicides et encore des herbicides. (2)

Mais est-il vraiment nécessaire de planter des arbres au Nouveau-Brunswick?

En réalité, on peut observer que les endroits qui ne se régénèrent pas naturellement et suffisamment après coupe sont rares. Même après une coupe à blanc, les peuplements de sapins et les forêts mixtes se régénèrent presque sans exception. (3)  

Alors, pourquoi donc planter des milliers d’hectares comme on le fait présentement au Nouveau–Brunswick?

Il existe deux raisons. La première, les entreprises doivent satisfaire les critiques du public mentionnées ci-dessus. La deuxième raison,  c’est pour permettre aux entreprises de profiter d’un système de calcul d’allocation de coupe annuelle en y intégrant le principe d’effet de coupe permise. Ce système de calcul, qualifié de «vaudouisme » par ses dénonciateurs, permet de récolter – immédiatement - la pousse anticipée des plantations. Par ailleurs, dans ce calcul, on présume que le rendement des plantations sera supérieur à celui des peuplements régénérés naturellement.  En guise de démonstration, on prend les résultats de plantations à succès tout en ignorant celles qui ont faillies partiellement ou complètement. Conséquences: surexploitation et dévaluation (4) de notre forêt. Donc, on surestime de façon systématique le rendement des plantations et par conséquent le niveau de coupe permis.  Les conséquences actuelles et prévisibles : surexploitation et dévaluation de notre forêt.

Y a-t-il une alternative viable ?

La sylviculture alternative débute avant la récolte.  Il faut connaître les peuplements qui devront être coupés. Quelques renseignements fondamentaux nécessitent une évaluation sur le terrain même.  Est-ce qu'il y a suffisamment de régénérations naturelles déjà établies? Sinon, quel genre de coupe favoriserait son établissement?  Selon la composition et les conditions du peuplement, une prescription est formulée qui copie les moyens naturels que possède la nature pour se reproduire. Cette mimique permet d'accélérer le processus de reproduction naturelle.  L'avantage évident de cette méthode est de favoriser les essences qui ont évolué sur ce site particulier pendant des millénaires et ainsi assurer une réelle biodiversité.

Est-ce que cette approche est possible ?

Non seulement l’approche est-elle possible, mais elle est désirable et nécessaire. Il s’agit simplement de mettre en pratique les connaissances que nous possédons déjà.  En sorte, de faire sortir les forestiers des « Salons de la forêt et des forêts virtuelles sur écran d’ordinateur »vers la vraie forêt.  Il faut arrêter de les faire agir comme vendeur de la propagande de l’industrie forestière.  Il faut leur permettre d’exercer leur métier de forestier, c’est à dire de rationaliser l’aménagement de la forêt.  En pratique, cela implique l’analyse préalable des peuplements et suite à l’interprétation de ces analyses de la formulation des traitements de coupe et de sylviculture appropriés.  

Pruche ~ Eastern Hemlock

(photo: David Folster)

Nous faisons actuellement face à une sérieuse pénurie d’approvisionnement pour les moulins à scie.  La fermeture de moulins à scie entraînera forcément des problèmes d’approvisionnement de copeaux pour les papetières.  De plus, les pratiques d’aménagement exercées durant les vingt dernières années par l’industrie forestière ont créé un déséquilibre évident dans la distribution d’âge de nos peuplements.  Nous faisons donc face à un cul de sac et l’industrie forestière prétend n’avoir rien d’autre à offrir que de poursuivre fatalement dans la même direction à vitesse accélérée.  C’est à dire d’accélérer les coupes à blanc dans les dernières réserves de protections des eaux et de la bio-diversité.  « Laissez-nous pêcher la dernière morue! »

 Il faut prendre le contrôle de nos forêts pour en assurer la survie.  Sinon, nous ferons face au même sort que les communautés de l’industrie de la pêche subissent après les abus des entreprises et la disparition des stocks de poissons. Ce qu’on fait en forêt présentement, c’est comme « Tout récolter son jardin au mois de juillet! »

(1) Présentement, nous sommes au début de la deuxième récolte industrielle de bois mou.

(2) Au Nouveau-Brunswick, pas moins de cinq grandes pépinières sont établies pour accommoder les «besoins ».  À tous les ans, des herbicides chimiques sont pulvérisés sur plus de 12 000 hectares de nos forêts publiques.  Depuis une trentaine d’années, plus de 300 000 hectares ont été arrosés avec des herbicides qui se sont avérés extrêmement néfastes, comme l’agent orange.  Si  les recommandations du rapport Jaakko Pöyry étaient mises en pratique, il faudrait probablement plus que tripler le niveau actuel d’épandage.

(3) Reste les peuplements d’épinette noire et de pin gris qui sont particuliers.  Le Québec, qui en possède beaucoup plus, a étudié les phénomènes de reproduction de l’épinette noire depuis un bon bout de temps.  On sait depuis qu’il est relativement facile pour ces peuplements de se régénérer naturellement à partir de coupes appropriées.  Il ne s’agit pas de magie.  Les coupes à blanc ne sont toutefois pas appropriées.  On pratique des coupes partielles qui permettent à plus de lumière de pénétrer jusqu'au sol et ainsi aux graines d'épinettes noires de germer.  Puis, une fois le peuplement ensemencé, on peut récolter la balance.  

(4) La dévaluation, résultat de la surexploitation, se manifeste par la diminution constante et progressive du diamètre moyen des arbres disponibles pour la récolte. Sans compter également que le rendement en fibre marchand des coupes «normales » est souvent sous-estimé pour diverses raisons :  récoltes prématurées (avant maturité) gaspillage sur le terrain, vol et systèmes de mesurage inadéquat. (Des études récentes et indépendantes en Ontario et au Québec ont concluent que les systèmes de masse/volume, employés dans ces provinces comme ici, ne sont pas adéquats pour comptabiliser le bois récolté.)