This Beautiful Life

The snowshoe hare screams and the autumn day is shattered

One world---the alert soft-furred hare
taking pleasure in sweet clover, plantain, dandelion stems
The knowledge of safety in the maze of pathways
through the nearby underbrush
The warmth of sun on this clear day
This beautiful life

Another world ---two of us travelling
through glorious autumn woodland
Enjoying being together
Engine purring its pleasure of open highway
Leaf colours blazing, sun beaming on forested hills
This beautiful life

Two worlds collide- --a snowshoe hare
alive at the head end, destroyed at the rear
My friend will not leave the hare to suffer
With firm tenderness he lays the hare's head down
He picks up a rock

The snowshoe hare screams and the autumn day is shattered

Synopsis by:
by Karen Townsend

 

Hiver de lièvre

 

Paul Lalonde
octobre 1996

 

e lièvre ne se promène pas loin. Il fait sa vie dans son coin de forêt et il y reste. Parmi ses arbres, il trouve tout ce dont il a besoin. De l’herbe à brouter et des brousailles pour se cacher, voilà des éléments nécessaires pour le lièvre.

Je l’imagine, à l’intérieur de son territoire. Il doit connaître chaque centimètre de ce carreau vital: chaque odeur, chaque feuille, chaque roche...  C’est un univers où tout se sert à la vie et où la vie est la somme de tout ce qui se sert.

Ainsi, la vie suit les saisons et le lièvre prendra lui aussi son manteau de blanc. Il passera l’hiver dur dans son carreau de forêt. Là où il sautille souvent, il y aura des pistes douces et pragmatiques entre les buissons. Ses pattes de raquettes compacteront la neige avec des accoutumances paisibles. Le lièvre blanchi suivera chaqu’une de ses routes familières. Les bourgeons gras disparaîtront entre ses ciseaux de rongeur. Des piles de crottes, arrangées en jeu de billes, embelliront les bancs blancs de sa route. Malgré la peur qui rôde dans la nuit, il me semble que ce monde de lièvre décrit la paix en nature. Je m’imagine dans mon village, parmi les maisons de ma parenté et les terrains de jeu de ma jeunesse. J’envie le parcours dans ce bosquet familier.

Si le lièvre est chanceux, il verra le printemps.

Hier, les lièvres étaient toujours bruns. J’ai dérangé ce monde de  lièvre. Je lui ai passé dessus à 80 km/h. Se peut-il que le carreau vital intersecte l’asphalte? J’ai entendu un bruit cru de pattes. Les pattes ne devraient pas rouler comme ça. Chrisssss.... je l’ai frappé!

J’arrête. Il est mort.

Mais non; il est blessé. Le coeur serré, je sors de la voiture.  J’approche le lièvre.  Ses belles pattes de raquettes, celles qui ne verront plus la neige épaisse, sont écrasées. Le sang coule sur l’asphalte noir. Chaque pensée qui se suit dans ma tête s’enchaîne avec les battements de mon coeur: je... dois... le... tuer.

Dans le gravier du bord de route, il y a une grande roche. Je la prends. Je m’agenouille devant le lièvre. Il essaie de se lever avec le devant de son corps qui fonctionne toujours. Je vois un calme dans ses yeux qui me surprend.

Je couche sa tête et il émet un cri. Ce cri est terrible. Je frappe. Le crâne s’écrase et les yeux sortent. Il arrête de se débattre. Je respire mais je me déteste.

Vite, j’amène le lièvre dans sa forêt et je le couche parmi ses arbres. Je place une branche morte pour cacher sa tête. Maintenant, il semble qu’il dort. Je laisse ma main sur son coeur jusqu’au dernier tremblement. Il est mort dans mes mains.

Ça m’a pris quelques instants pour retourner à ma voiture. Je tremblais. L’air était tranquille et lourd de l’absence de temps. La roche et le sang restaient sur le chemin. Je ne pleurais pas; je n’en avais pas besoin. Mais j’ai seulement compris ceci en m’éloignant de l’endroit. Je tremblais, mais il s’agissait plutôt d’un frisson d’excitement. J’étais soulagé. Cette créature était en paix. Sa vie est passée dans mes mains et, malgré ma brutalité, je sais que le lièvre est en paix. Je l’ai frappé de violence avec ma voiture mais le coup de roche était doux de pitié. La sauvagerie de sa mort ne sera guère différente que celle des dents du coyote, mais la nature ne juge pas la mort comme un humain.

La mort de ce lièvre est de ma faute. Je l’ai blessé puis je l’ai tué.  Quand il est mort, sa vie est passée entre mes mains. Je ne m’en suis pas lavé les mains. J’ai accepté mon tort. La paix douce de ce corps immobile qui se repose parmi les arbres, de cette fourrure toujours brune et de ces pattes de raquettes, m’a pénétré les mains. J’avais fait ce qu’il fallait. J’ai accepté ma responsibilité dans l’affaire.

Je comprends bien que nous avons un impact sur l’environnement. Nous dérangeons la planète de façon exceptionnelle. Hier, j’ai impacté sur un carreau de l’univers du lièvre. Voilà la preuve. Ce que j’ai commencé, j’ai terminé. J’ai suivi la piste du lièvre et j’avais le sang sur mes bras.

Cet hiver, le carreau vital qui intersecte l’asphalte n’aura pas de lièvre. Bientôt la forêt oubliera les pistes. Quand tombera le manteau blanc de l’oublie?  Ce lièvre, aurait-il passé l’hiver?